Super !
Phénomène plutôt récent, et en progression virale, "super" partage la vedette avec "impacter", "booster" et autres prothèses verbales qui réduisent inexorablement notre capacité merveilleuse à penser le monde.
L'académie française signale cette tumeur linguistique dès 2012.
Combien de fois par jour, à la radio, à la télé, et donc autour de nous subissons-nous péniblement cette pauvre mécanique ?
"C'est super beau, super bon, super cher, super dur....." Avec hyper. Ça n'est pas mieux.
Super appartient à la vorace famille des silures (cf. Alain Borer, De quel amour blessée...). Ce préfixe, a été validé par une longue carrière, notamment avec la substantivation métonymique remarquable de "superette", une super petite boutique super grande...)
L'appauvrissement du français s'accélère, non par la vie naturelle de la langue, mais par l'effet loupe du pilonnage médiatique, où le psittacisme (effet perroquet du mimétisme) renvoie tous azimuts quelques mots comme des balles de squash à un rythme qui rend quasi-impossible toute résistance. Métastases linguistiques.
"Super" tue des adverbes : c'est très beau, c'est très bon, mais aussi c'est extrêmement beau, c'est fort bon (oui, dans cet exemple, fort est un adverbe), et il est fort utile.
Super beau, Super content, Super intéressant, Super bon, Super grand, Super bien, Super fier, Super agréable...
Pourtant jadis, avant que le français ne décline si vite. super bon se déclinait richement en :
Délicieux, délectable. exquis, succulent, excellent, goûteux, gourmand, ineffable fabuleux, remarquable, et j'en oublie sans doute !
Rectifié par JulienConstant le 04/11/2024 05:45
Le silure est un monstrueux cousin du poisson-chat. Très à l’aise dans les eaux polluées, il dévore tout ce qu’il trouve. Détruisant dans sa gloutonnerie omnivore la diversité de la faune et de la flore aquatique. Pour Alain Borer, (Gallimard De quel amour blessée), une suite alarmante de « réflexions sur la langue française », un « silure » est aussi un mot ou une expression qui engloutit sauvagement toutes les possibilités de son champ lexical. Appauvrissant le vocabulaire. Dévastant la langue.Il finit même par dépasser son programme sémantique pour devenir un des nombreux mots vides et donc fourre-tout qui sont en train de diluer le français sous nos yeux bouffis...
Document généré en 0.01 seconde