« L'usage » imposé par la publicité et les médias
L'usage
J'ajoute le paragraphe ci-dessous au document en vignette cliquable ci-contre :
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Considérant que l'argument classique des publicitaires selon lequel « les expressions anglo-américaines sont aujourd’hui largement utilisées dans leur secteur d’activité [...]et constituent également des appellations couramment utilisées » est caractéristique d'un raisonnement fallacieux car circulaire ; et qu'il est constant que la fréquence d'incrustations à l'écran et la croissance de l’usage systématique des mots anglo-américains est précisément la conséquence de la forte intensité de la diffusion publicitaire, qui déséquilibre ainsi la naturelle évolution de la langue, |
Car c'est la méga-machine publicitaire qui définit de nos jours la notion d'usage. Violent matraquage permanent gravé dans les esprits, à notre insu, ce viol permanent de notre intimité mentale est, semble-t-il, parfaitement inconnu des juges, eux-mêmes victimes de l'arasement de notre libre arbitre.
Le représentant de la société Ekosport affirme (cf. ici) avec une candeur apparente que : « Les expressions « shop » et « running », bien qu’issues de l’anglais, sont aujourd’hui largement utilisées dans son secteur d’activité et plus globalement dans l’univers sportif, tant par les professionnels que par le grand public. A ce titre, le terme « running » correspond par ailleurs à la dénomination exacte d’un univers identifié comme tel dans les magasins de la société ou sur son site internet, et constitue également une appellation couramment utilisée pour désigner certaines courses sportives. »
Ces propos sont issus de l'article Le Jury de déontologie publicitaire se réveillerait-il face à l'anglomanie des publicitaires ? de l'Association FRancophonie AVenir me donnent l'occasion de revenir sur la notion d'usage, ce mot massue qui interdit toute contestation de l'évolution effroyable de la langue française.
Concernant l'évolution de la langue, l'argument, le seul, des modernistes, et même des dictionnaires, c'est l'incontournable usage qui façonnerait la langue, vivante, frétillante et auto-évolutive (façonnage dont ils sont complices). Or cet usage n'est jamais défini. C'est une entité quasi-divine, cosmique comme l'influence de la lune sur les marées ! Bien bornés et prétentieux ceux qui voudraient s'y opposer !
Mais qu'est-ce donc que l'usage, cette réalité qui valide l'appartenance d'un mot à une langue par la généralisation forcée de son emploi ? A l'évidence, l'industrialisation homogénéisante de l'information par l'université, les médias et le personnel politique, constitué de sachants, cette industrialisation s'ajoute maintenant au mimétisme de proche en proche qui en était le moteur naturel avant la naissance de l'industrie de masse.
Ce mimétisme nous permet d'apprendre notre langue maternelle pendant les deux ans où nous ne parlons pas encore, enregistrant précisément, en aval, la langue telle que usitée par notre entourage. Jadis, la langue était modelé en amont : la centralisation politique et linguistique de l’Ancien Régime, renforcée sous la Révolution par le jacobinisme (l’abbé Grégoire avait soumis à la Constituante un projet d’« anéantissement » des patois de France). Jusqu’alors, l’unification du français ne concernait qu’une élite lettrée, mais avec la victoire des laïcs sur les cléricaux dans la querelle de l’instruction publique sous la IIIe République naissante, c’est toute la nation qui a été formée à l’usage d’un français normalisé, ce qui a figé la langue dans sa « perfection classique ». https://www.scienceshumaines.com/pourquoi-les-langues-evoluent-elles_fr_30208.html
Mais depuis l'expansion des médias électroniques a relégué les professionnels de la langue et les institutionnels au même rang que l'homme de la rue.
Que l'on soit linguiste, professeur de langue, collégien ou lycéen, écrivain, journaliste, publicitaire, ou quidam interrogé sur un trottoir à chaque JT, nous avons tous le même statut : ce n'est plus la compétence, le diplôme qui prime, mais le déferlement, le matraquage. 30 000 heures d'enseignement avec 6000 élèves ne pèsent rien face au tsunami permanent des vagues de mots anglomorphes, anglo-américains qui nous font subir un lavage de cerveau permanent !
Donc c'est la masse de la population qui par écran ou micro interposé collabore au nivèlement du français vers sa plus simple expression, un sabir utilitaire servi par les façonneurs des médias : les publicitaires. Et ils en ont fiers !
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L'usage imposé au forceps par l'État !
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Agnès De Féo (Slate 2018) écrit : « auteur, écrivain, médecin, professeur, ingénieur, ambassadeur s’allongent difficilement d’un suffixe féminin. Ainsi dans le binôme employeur-travailleur, seul le second se féminise automatiquement: on dira travailleuse, plus rarement employeuse. |
Constater que l'écriture inclusive ne s'installe décidément pas dans la langue, que l'usage magique ne veut décidément pas s'emparer de cette soi-disant innovation, mais persister à vouloir ajouter aux apprentissages fondamentaux, ce galimatias que même ses promoteurs ne parviennent pas à utiliser, c'est précisément vouloir intégrer artificiellement dans l'usage des éléments que la langue ne peut pas assimiler, indépendamment de la volonté des locuteurs. Ce forçage ne fait que fragiliser le français.
Un exemple de cette posture ambigüe sur l'usage : Éléonore Baude : enseigner un français égalitaire, « Écriture égalitaire », « langage inclusif » ou « écriture inclusive » sont des termes actuellement utilisés pour désigner l’ensemble des techniques qui cherchent à rendre visibles toutes les personnes dans la langue, quel que soit leur genre.» Il s'agit d'un amalgame des faits linguistiques souhaitables car intégrables naturellement dans la langue, tels les noms de métier, avec le tripatouillage anarchique que je mets en évidence ici.
Ainsi, elle écrit très justement : « On pourrait donc montrer que les noms communs de personnes fonctionnent par alternance de suffixes : -eur, -euse (chanteur, chanteuse ; professeur, professeuse), -ière, -ier (infirmière, infirmier)… et que c’est même parfois plus simple de partir du nom commun féminin (montagnarde) pour savoir comment termine le nom commun masculin (montagnard). »
Bernard Cerquiglini (Le, La ministre est enceinte Seuil 2018) écrit de même : « Faudra-t-il dire aussi demain dans nos débats, sous peine de sanctions, procureure, rapporteure, défenseure, professeure ? L'effroyable sonorité de ces mots n'exprime-t-elle pas assez le martyre que fait subir aux Français l'idéologie de la féminisation à outrance des fonctions, si étrangère à l'une des plus belles langues du monde, forgée par mille ans de civilisation et de culture ?»
Cet usage matraqué en permanence devient la norme, mécaniquement. Pour une langue vivante, c'est le même mécanisme que les métastases du cancer, comme le dit si bien Alain Borer.
Quelques milliers de personnes qui ont accès aux micros, au caméras, aux chaînes des réseaux sociaux, gravent dans toutes les mémoires, simultanément, leurs tics, souvent anglomorphes, se croyant investies du savoir-écrire et du savoir-dire.
Or, depuis notre naissance, notre mémoire enregistre tout ce qui passe et repasse à portée de nos yeux et nos oreilles. Le rabâchage, tant décrié par les pédagogues modernes nous est imposé 24 heures sur 24. Le résultat en est-il un progrès de la pensée ? Un enrichissement culturel ? On le voit même dans les textes de l'Éducation Nationale, on l'entend tous les jours dans les médias !