Vaincre la difficulté du problème avec le souci

Vaincre la difficulté du problème avec le souci 

Reportage télévisé sur le péage de St Arnould : « Il repère le moindre souci sur les barrières »

« Pas de souci ! »  Ce toc verbal est abondamment dénoncé, mais encore plus abondamment répété par la télé et la radio car elles tendent le micro aux passants à chaque « JT » et cet écho produit chez moi un malaise proche en intensité de l'effet Larsen...

Je me fais du... souci pour le mot 'problème', implicitement interdit par le puritanisme consensuel en vigueur. Il faut de la bienveillance, du positif. La clarté, la franchise sont déjà de l'agressivité ! Un de plus dans la liste en croissance rapide de mots effacés de ma langue maternelle. Les médias niveleurs de la richesse et du relief du français remplacent problème, systématiquement et en toute candeur comme toujours, par problématique et par souci.

Ainsi les problèmes ont tous disparus, ce qui est franchement problématique.


Et yapadsoucis ! Personne ne semble... soucieux de s'exprimer plus librement qu'un... perroquet... Et puis la langue est vivante et elle s'enrichit n'est-ce pas ?

Hélas, le de l'ordinateur et l'internet ont permis à tout un chacun de devenir chroniqueur, et éditeur. La présentation plus ou moins professionnelle de nos écrits en ligne suggère malgré elle un certain amateurisme, et mon site n'est, c'est certain, pas exempt d'erreurs (orthographe, typographie, mise en page). Cela admis, la presse professionnelle souffre elle aussi, plus ou moins, de ces défauts.

Après la télévision et la radio qui ont répandu les bons mots et les erreurs de millions de locuteurs, c'est la Toile qui accélère le phénomène naturel de l'évolution d'une langue vivante (erreurs, trouvailles et apports). Quand on sait que la lecture, et donc la culture, sont concurrencées depuis plusieurs décennies, par la télévision, puis par l'internet et le téléphone portable, l'inquiétude ne confine pas à la paranoïa... Or les mots et tournures qui surnagent, qui s'incrustent, sont d'abord les plus diffusés, et donc dépendent surtout de la notoriété de l'émetteur. Par exemple, Jacques Chirac a involontairement tué "abracadabrant", car son "abracadabrantesque" a été repris avec délectation par tant de médias ; de même que "à son insu" a été tué par un cycliste "à l'insu de son plein gré". Et ainsi en va-t-il de "... m'a tuer" (d'après un meurtre célèbre), formule qui a effectivement tué le passé composé.

Et hélas les enseignants se laissent aller à adopter, donc à valider le lexique des ados, pour l'essentiel issu du rap, dont les auteurs préfèrent Snapchat à Éduscol...

Le rabâchage, en effet, qu'il soit scolaire ou médiatique est un procédé mnémotechnique éprouvé ; ajoutez l'écho démultiplié des reprises et autres citations, et en peu de temps, l'expression se verrouille dans la langue. Bruno Dewaele posait ainsi en 2013, le problème qui me cause du souci dans cet article.

À la fortune du mot


Au gré de l'actualité, Bruno Dewaele, le champion du monde d'orthographe, vous fait partager sa passion pour la langue française.

Qui se ressemble ne doit pas forcément s'assembler 
http://alafortunedumot.blogs.lavoixdunord.fr/tag/poser+souci

Et puis, éviter poser ici nous incitera peut-être à nous en garder là où il ne... s'impose en rien, par exemple devant l'omniprésent souci.

Que la conjoncture économique pose problème à nos gouvernants, voilà qui peut à la rigueur se concevoir, mais « poser souci » ? " Et en 2008 : " Pose toujours ! Si le tic de langage doit être dénoncé, n'allons pas nous mentir sur nos chances d'en venir à bout ! Ainsi, c'est sans illusion aucune que, le 30 décembre 2003, je consacrai une chronique à l'expression phare de la dernière décennie : « Il n'y a pas de souci ! » « C'est en effet , écrivais-je alors, ce que vous répond invariablement la caissière – pardon, l'hôtesse de caisse – quand vous vous excusez auprès d'elle de ne pouvoir faire l'appoint ; le garçon à qui vous demandez s'il est possible de mélanger carte et menu ; le livreur qui s'entend préciser qu'il devra passer chez vous entre dix et onze s'il ne veut pas trouver porte close. »

Philosophe à mes heures, je me souviens même qu'après avoir versé une larme de crocodile (!) sur le bon vieux mais ringard « Pas de problème ! », j'avais feint de m'extasier sur cette époque bénie des dieux où, non content de vaincre les difficultés, on s'ingéniait à chasser de notre esprit l'idée, ô combien saugrenue, qu'il pût y en avoir... L'ironie, c'est bien connu, est le baroud d'honneur de l'impuissance. Depuis lors, inutile de préciser que le souci continue à fleurir sur toutes les lèvres. Irai-je jusqu'à confesser ici que je m'en étais presque accommodé, pourvu qu'on ne le gratifiât pas de surcroît d'un « s » des plus superfétatoires au singulier ?

Mais voilà que nous sommes entrés dans l'ère des dommages collatéraux : s'impatronise de plus en plus (tendez l'oreille, pour le cas bien improbable où cela vous aurait échappé jusqu'ici) le tour « poser souci ». Il fallait s'y attendre, dans la mesure où, comme dirait Domenech, souci a remplacé problème poste pour poste ! À ceci près que l'on a beau se torturer les méninges, on ne voit pas comment un souci pourrait être posé (Bécaud conseillait bien, dans Un peu d'amour et d'amitié, de mettre ses problèmes sur la table mais c'était, si je ne m'abuse, pour s'en débarrasser). Donner, causer, valoir, créer, sans doute ; mais poser ?

On s'en voudrait de retourner le couteau dans la plaie, mais ce sont les puristes qui peuvent, à bon droit, se réjouir de cette désaffection pour le problème. Eux ne l'ont jamais manié que du bout des doigts, et avec d'ostensibles pincettes. Nous ont-ils assez répété que l'expression soignée devait bien plutôt, en fonction de la situation et du contexte, recourir à question, difficulté, embarras ! Et que dire de l'expression elliptique poser problème (1), qui déclenchait chez eux moult cris d'orfraie(2) ! Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui Scylla leur siée mieux que Charybde... (1) Renaud Camus écrit par exemple, dans son Répertoire des délicatesses du français contemporain (P.O.L.) : « "L'intellectuel poser problème" n'est pas un artiste, il n'a pas d'oreille pour le langage, ni sans doute beaucoup d'amour ; sans quoi il se rendrait bien compte de la laideur de cette expression, de la banalité qu'elle a acquise, et du ridicule qui s'attache à elle, ainsi qu'à ses fidèles par contrecoup (...). L'"intellectuel poser problème" est volontiers enseignant, sociologue, urbaniste, militant des droits de l'homme et plutôt sympathique, dans l'ensemble. Il se soucie beaucoup du sort du monde. Par définition il se soucie moins de sa beauté. » (2) De grâce, ne me donnez pas de noms d'oiseaux sous prétexte que l'orfraie n'a jamais poussé de cris perçants, je suis au courant. Mais tant que les dictionnaires n'auront pas remplacé orfraie par effraie... "

Il pourrait aussi ajouter depuis, le fréquent et stupide "Ça ne pose pas de difficulté !" validé, j'en suis stupéfait par l'Académie française !

https://www.ladepeche.fr/article/2019/01/08/2936740-eleves-ont-filme-sous-jupe-professeur-temoigne-est-humiliant-violent.html

Les quatre élèves sanctionnés posaient-ils des difficultés particulières en classe ? Deux d’entre eux étaient dissipés, n’aimaient pas forcément beaucoup travailler. Ces deux-là ont été définitivement exclus. Pour les deux autres, c’est plus compliqué. En termes de résultats, ça allait. Les collègues les appréciaient beaucoup en sixième et cinquième. Mais depuis septembre, ils avaient montré quelques signes d’agitation. Il y avait déjà eu des incidents, mais qui restent classiques.

Mes professeurs de français m'auraient corrigé : Les quatre élèves sanctionnés posaient-ils des problèmes particuliers en classe ? ou bien Les quatre élèves sanctionnés faisaient-ils (causaient, présentaient, suscitaient) des difficultés particulières en classe ?

Pourtant, heureusement : http://evene.lefigaro.fr/citations/

“La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution.” Vauvenargues

De Vauvenargues “Qui cherche des difficultés, en trouve toujours.”

“La plupart du temps, on ne résout pas les difficultés ; on les déplace, comme la poussière.” Aymond d'Alost

“Ne t’inquiète pas si tu as des difficultés en maths, je peux t’assurer que les miennes sont bien plus importantes !”Albert Einstein 

“Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.” Joseph Joubert 

Ce n'est pas un sacrifice de quitter une pauvre vie dans laquelle on éprouve tant de difficultés pour appartenir à Dieu !” Bernadette Soubirous 

“Les enfants étant la plupart du temps confiés à leur mère, les pères sont parfois confrontés à la difficulté de les voir.” Bruno Décoret Les Pères dépossédés

Et aussi : https://www.cordial.fr/

"Pourtant, l'exécution de ce plan présentait de graves difficultés." (Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski 1866 "Crime et châtiment")

"la date qui m'avait été fixée n'était point arrivée, et ce que je savais de l'organisation de nos troupes, de leur approvisionnement en vivres et en munitions, ne me permettait pas d'admettre qu'on se fût lancé ainsi dans une aventure qui pouvait offrir de sérieuses difficultés." (Hector Malot 1873 "Clotilde Martory")

Las ! Sur son site truffé de publicité, Nicolas Leroux se laisse emporter par le courant qu'il essaie de combattre :

L’écriture des lettres avec des signes diacritiques pose souvent des difficultés sur un clavier, c’est pourquoi nous avons concocté un guide pour écrire les majuscules accentuées. https://www.lalanguefrancaise.com/articles/alphabet-francais

Rectifié par JulienConstant le 20/07/2024 02:23 Rectifié par JulienConstant le 20/07/2024 02:40 Rectifié par JulienConstant le 10/01/2026 20:06 Rectifié par JulienConstant le 26/01/2026 19:59


Date de création : 02/02/2026 18:39
Dernière modification : 09/06/2026 03:32
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